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La lettre du Guide du Ciel

N° 156 | 9 janvier 2020

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Guillaume Cannat

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Nuit hivernale aux Pises
© Guillaume Cannat
L’arrivée d’une voiture pratiquement au moment de la disparition de la Lune derrière la colline qui surplombe l’observatoire astronomique des Pises permet la composition d’une image inhabituelle, la glace couvrant le lac réfléchissant fortement les moindres éclats lumineux. La Voie lactée est encore visible à droite du champ et la petite tache verte est le reflet de la Lune sur les lentilles de l’objectif. Technique : boîtier Sony Alpha 7s avec un objectif Nikon 14-24 mm utilisé à 14 mm et diaphragmé à 3 ; 4 poses de 15 secondes à 4 000 ISO.


RÉALISATION DE LA VIDÉO « UNE NUIT ENTIÈRE SOUS LES ÉTOILES EN HIVER »

J’ai mis en ligne il y a peu sur ma chaîne YouTube une vidéo accélérée, un time-lapse, de l’une des plus longues nuits de l’hiver, celle du Réveillon de la Saint-Sylvestre. Après plusieurs semaines de mauvaises conditions météorologiques la prévision était plutôt favorable et j’ai voulu profiter de la présence d’un jeune croissant lunaire en début de nuit pour éclairer le paysage du lac et de l’observatoire des Pises, dans la Réserve internationale de ciel étoilé des Cévennes. Je me propose de vous expliquer comment j’ai réalisé cette vidéo en vous indiquant les étapes indispensables et les petits trucs qui permettent d’accumuler plus de 2 700 images en près de treize heures et vingt minutes lors d’une très longue nuit glaciale.

Si vous n’avez pas encore vu cette vidéo, je vous suggère de cliquer sur l’image suivante pour aller la regarder puis de revenir ici pour mes explications. Naturellement, je vous conseille de choisir la meilleure résolution possible – elle est disponible jusqu’au 4K UHD sur certains navigateurs – et de diminuer l’éclairage ambiant. Enregistré sur place, le son est volontairement faible car il donne le ton de cette nuit pratiquement silencieuse, à l’exception de la rumeur de l’eau dégringolant sur le déversoir du barrage.

Nuit hivernale aux Pises
Cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo.

La première étape de préparation d’une vidéo consiste à choisir le cadrage en fonction de ce que je souhaite montrer. J’utilise un logiciel ou une application de carte du ciel pour déterminer ce qui passera dans le champ de l’objectif tout au long de la séquence et un logiciel de type Google Earth pour choisir un premier-plan adéquat. Dans le cas présent, je savais que la Lune ne serait pas encore trop lumineuse pour cacher la Voie lactée présente en début de nuit à l’opposé du champ et que les reflets de l’éclat lunaire sur le lac donneraient des ambiances intéressantes.

Nuit hivernale aux Pises
Toutes les images : © Guillaume Cannat

La couverture nuageuse était encore importante au coucher du Soleil, donnant à voir de beaux rayons anticrépusculaires, mais la prévision météo était fiable et le ciel s’est rapidement dégagé durant le crépuscule.

Voici quelques images légendées pour repérer les éléments essentiels au fil de la vidéo. Quelques étoiles filantes sont visibles au fil des heures, mais la plupart des traits lumineux sont laissés par des avions ou des satellites. En début de séquence, l’éclat lunaire est tellement intense qu’il provoque l’apparition de deux artefacts à l’opposé du champ : un long reflet vert et un grand arc faiblement lumineux. Au loin, on distingue quelques éclats lumineux qui trahissent les déplacements des observateurs et photographes de l’observatoire astronomique des Pises tout au long de la nuit.

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

Nuit hivernale aux Pises

J’utilise le même matériel depuis quelques années pour réaliser mes vidéos du ciel nocturne : un Sony Alpha 7s de base et un objectif Nikon 14-24 mm@2.8 que je diaphragme un peu (3.2 en général) pour que les étoiles restent piquées en périphérie. Je travaille en général à 14 mm de focale et avec des poses de 15 secondes les étoiles sont à peine ovalisées par la rotation terrestre. Je peux faire cela car le capteur du Sony A7s est excellent et qu’une pose de 15 secondes à 3 200 ou 4 000 ISO est généralement de très bonne qualité pour un time-lapse. En faisant des poses de 15 secondes au lieu de 30 on obtient beaucoup plus d’images et le rendu de la vidéo est bien meilleur.

Nuit hivernale aux Pises

Naturellement, pour accumuler autant d’images il faut une carte mémoire de grande capacité (128 Go) et une alimentation électrique. Il y a quelques années, je changeais régulièrement les batteries. Je m’étais entraîné à le faire rapidement dans le noir pour ne sauter qu’une image à chaque fois, mais il y avait toujours le risque d’une interruption plus grande qui se verrait sur la vidéo ou la crainte de faire bouger le cadrage. J’ai ensuite découvert le système d’alimentation développé par l’entreprise américaine Tether Tools qui permet, grâce à un adaptateur et à une batterie intermédiaire, de changer d’alimentation sans interrompre les images ; on trouve à présent ce système en vente sur plusieurs sites web français. Le principe est encore plus simple avec les dernières générations de boîtiers que l’on peut alimenter directement par un port usb-C avec une batterie externe longue durée (type 26 800 mAh) ; avec une telle capacité, on peut faire des time-lapse de plusieurs milliers d’images sans interruption.

Les conditions nocturnes hivernales ajoutent une difficulté puisque, plus il fait froid, plus les batteries peuvent se vider rapidement. Pour lutter contre cela, j’enveloppe les batteries externes et le boîtier dans des housses de protection thermique. Je me débrouillais avec des morceaux de fourrure polaire jusqu’à ce que je trouve les housses conçues par AT Frosted Lens, une toute petite entreprise créée par un couple de Vancouver (Canada). Elles présentent l’avantage d’être très bien réalisées et d’être constituées de plusieurs couches d’isolants qui ralentissent vraiment le refroidissement du boîtier lorsque la température extérieure plonge. Pour la batterie, j’en suis resté à une grosse chapka que j’enroule autour avec un tendeur et, lorsqu’il fait vraiment froid, j’ajoute un petit sachet chauffant comme ceux que l’on glisse dans ses poches ou ses chaussures en hiver.

Nuit hivernale aux Pises

Le dernier point qui peut poser problème selon les conditions météorologiques, c’est l’apparition de buée sur la lentille frontale de l’objectif ; en hiver, cela peut même être du givre et le problème est d’autant plus présent que l’on se situe à côté d’une rivière ou d’un lac. L’installation d’une résistance chauffante permet de lutter contre ce fléau des photographes nocturnes, mais si l’humidité ambiante est vraiment trop forte, la buée finira toujours par gagner et vous offrir un flou artistique de plus en plus opaque pour finir votre time-lapse ! Le problème d’une résistance chauffante, même de faible puissance, c’est que cela consomme pas mal d’énergie et qu’il faut donc prévoir une batterie supplémentaire rien que pour elle. J’utilise une Power Tank Celestron avec une sortie en 12 V qui permet d’alimenter une résistance chauffante comme celles que l’on trouve sur l’excellent site français PierroAstro.

Enfin, je vous conseille de toujours lester votre pied photographique pour éviter un déplacement impromptu dans la nuit, même si cela n'empêche pas la curiosité des animaux... Lorsque je reste non loin de mon véhicule j’ai toujours quelques haltères avec moi, mais si je m’éloigne je me contente des pierres que je trouve in situ. L’essentiel est que la corde soit sous tension, mais que le poids frôle le sol ou soit coincé latéralement par des cailloux, sinon il pourrait se balancer et provoquer une déformation cyclique du pied photo et donc un léger déplacement entre chaque champ.

Le boîtier doit être réglé en mode Manuel et doit enregistrer les images en mode RAW qui donne bien plus de souplesse lors du traitement pour l’assemblage du time-lapse. N’oubliez pas également de vérifier la mise au point et de débrayer l’autofocus. Vous pouvez remarquer sur l’image ci-dessus que je bloque systématiquement avec un adhésif la bague de mise au point (et la bague de zoom si besoin) pour éviter de prendre des milliers d’images floues (... la réponse est oui, 3 000 photos floues cela m'est déjà arrivé !). Pour enchaîner les images pendant des heures, vous pouvez utiliser le mode intervallomètre du boîtier (s’il existe) ou le régler en mode « prise de vue en continu » ou « rafale » et utiliser un déclencheur externe (pensez à vérifier qu’il a des piles neuves).

Lorsque tout le processus de prise de vues s’est bien déroulé et que vous avez entre les mains une carte mémoire avec des centaines ou des milliers d’images de bonne qualité, vous pouvez utiliser un logiciel comme Lightroom pour les préparer et les exporter sous la forme d’une vidéo plus ou moins accélérée. J’utilise en plus le logiciel LRTimelapse, créé par Gunther Wegner, car il permet des réglages bien plus précis des transitions entre les images, notamment lors des périodes crépusculaires. Il permet en outre d’exporter les images dans tous les formats professionnels de vidéo ce qui peut être indispensable selon l’usage que vous souhaitez en faire. Ces deux logiciels traitent les images RAW sans les altérer, vous pourrez donc toujours revenir dessus et les retravailler avec les logiciels plus élaborés qui pourraient voir le jour dans le futur.

 

LE GUIDE DU CIEL 2020-2021

Voici la couverture du prochain Guide du Ciel que vous pouvez déjà réserver en cliquant dessus...

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LE CIEL À L’ŒIL NU EN 2020

Oeil nu 2020

Le Ciel à l’œil nu est disponible chez votre libraire et en ligne et je vous propose de lire son introduction :

« Bien couvert, je montai sur le pont. Le capricieux hiver austral m’offrait une nuit incomparable. Les milliers d’étoiles paraissaient à portée de main et la vision de la Croix du Sud indiquant les confins polaires me remplit d’une émotion dont la force et la conviction m’étaient inconnues. Je sentais enfin que j’étais, moi aussi, de quelque part. »
LUIS SEPÚLVEDA, Le Monde du bout du monde (Métaillié, 1993)

Mon ciel n’est pas exactement le vôtre, chacun de mes regards se nourrissant des milliers d’heures que je lui ai consacrées et des fragments de connaissances glanées au fil des ans, et si je ne peux suivre tous les méandres de vos pensées lorsque vous arpentez votre ciel, nous nous enrichissons mutuellement de nos échanges et notre soif de savoir et de merveilleux s’en porte mieux.

J’écris ce livre chaque année pour vous permettre de vivre et de partager des moments comme celui que je décris ci-dessous, alors je vous souhaite sincèrement de nombreuses et très belles émotions astronomiques !

« Nous étions partis à pied du lac qui étendait sa flaque sombre en contrebas. L’atmosphère était d’une pureté délicieuse, transparente et agréable en bouche, comme si toutes les senteurs de la lande s’étaient assemblées en un sirop délicatement fruité que nous avalions à chaque inspiration. Il n’avait pas plu depuis bien des jours et chaque ombre était la bienvenue alors que nous progressions lentement. J’avais sur le dos un sac avec mes appareils et deux trépieds photographiques en carbone, légers et stables. Après avoir franchi le col, nous montâmes régulièrement en suivant un large sentier, nous élevant un pas après l’autre jusqu’à la croupe parsemée de blocs granitiques et d’arbres morts que nous visions. Usés et fracturés, les rochers étaient imposants mais faciles d’accès et, du haut de certains, la vue portait loin vers le sud, jusqu’à la coulée d’argent de la Méditerranée qui longeait l’horizon au-delà des vagues bleuies des Cévennes finissantes. Il fut aisé de trouver un endroit où nous installer sur le sol tapissé d’aiguilles que les sapins avaient laissé choir en mourant. La Lune, les planètes et les étoiles pouvaient venir à présent. »

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En cliquant sur l'image du sommaire vous pourrez le découvrir en grand format (plus lisible).
2020 sera une très belle année astronomique avec une multitude de phénomènes célestes superbes : des rapprochements planétaires exceptionnels – Jupiter et Saturne à 0,1 degré seulement ! –, un passage de Vénus dans les Pléiades, une occultation du croissant vénusien par le croissant lunaire et une opposition martienne qui promet d’être magnifique puisque la planète rouge cheminera à près de 50 degrés de hauteur.

Découvrez la maquette du mois de janvier...

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CALENDRIER ASTRONOMIQUE 2020

Le Calendrier Astronomique 2020 est également disponible sur les tables des libraires.
Cette sixième édition présente 12 nouvelles superbes images du ciel et de la Terre et permet de ne rater aucun des très beaux phénomènes astronomiques au programme en 2020.

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LES PLUS BEAUX RENDEZ-VOUS AVEC LE SOLEIL, LA LUNE ET LES PLANÈTES...

autour du ciel

Depuis que j’ai créé le blog Autour du Ciel sur lemonde.fr (janvier 2014), je mets en ligne régulièrement un billet de présentation des principaux rendez-vous astronomiques visibles à l’œil nu ou avec du petit matériel.
Je vous invite à mettre la nouvelle adresse d'Autour du Ciel dans vos favoris et à le consulter régulièrement.


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© Guillaume Cannat | Janvier 2020